Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 18:35

Quand les stats sont au beau fixe, c'est grâce aux radars et à la politique qui va avec, et quand les stats se détériorent, c'est votre faute parce que vous roulez plus vite (comment faites-vous, avec tous ces beaux radars ?).

Le constat

Voilà deux mois que les statistiques de sécurité routière ne sont plus au beau fixe : après une augmentation de la mortalité routière de l'ordre de 4% en décembre dernier, janvier a connu une hausse quasi-historique avec pas loin de 14%.

L'analyse

Evidemment, les spécialistes s'en emeuvent et cherchent des explications. La politique actuelle a-t-elle trouvé ses limites ? La répression "zéro tolérance", même pour les infractions mineures en matière de vitesse (les seules à être encore verbalisées) est-elle vraiment efficace ? Eh bien non, la raison de cette hausse a bien son explication mais n'a rien à voir avec la politique de sécurité routière actuelle, laquelle a montré les preuves de son efficacité un an avant même sa mise en place, c'est dire si on ne peut pas la remettre en question.

Selon nos spécialistes, le seul facteur (il n'y en a qu'un, en effet) invoqué, parce qu'il s'agit du seul changement susceptible de modifier la vitesse du conducteur qui, rappelons-le, reste la seule variable susceptible d'expliquer une variation des statistiques, tient en un mot : AMNISTIE.

En effet, il semble que le comportement des conducteurs se soit modifié à l'approche des Présidentielles, et ce dès décembre 2006. D'ailleurs, un sondage effectué par TNS-Sofres pour le compte de AXA et publié le 10 janvier 2007 va dans le même sens en relevant les mauvaises habitudes des conducteurs français, ce qui permet à nos spécialistes de pointer du doigt (qui a dit comme d'habitude) la "ré-augmentation de la vitesse". Las, l'étude a été réalisée début septembre 2006... Peu importe. Avec le "sacre" des trois principaux candidats, les premières questions importantes fusèrent entre deux coups bas qui relèvent grandement l'aura de notre République : qui va amnisiter quoi ?

Réponse franche de messieurs Bayrou et Sarkozy : pas d'amnistie. Madame Royal se veut moins claire sur le sujet, et évoque la possibilité d'une amnistie "pour les infractions relatives au stationnement". Rien sur la vitesse, donc, qui reste la principale cause d'accidents de la route et sur laquelle tous les moyens disponibles restent déployés.

Conclusion

Pour pertinente qu'elle soit (ce sont quand-même les plus eminents spécialistes de la question qui ont rendu leur verdict), cette analyse soulève chez moi quelques interrogations. Par exemple, si la baisse de la mortalité routière est étroitement liée à l'installation des radars, comme le laisse entendre Dominique Perben dans la Parisien du 7 février 2007 lorsqu'il déclare que ce bilan "prouve qu'il y a un relâchement des vitesses", est-ce à dire que le gouvernement a décidé de supprimer des radars entre décembre et janvier ? Dans le cas contraire, comment se fait-il que le seul hypothétique relâchement des vitesses soit responsable de la hausse de mortalité routière ?

Permettez-moi de continuer l'analyse de nos eminents spécialistes :

Nous avons vu que les trois principaux candidats se sont prononcés contre l'amnistie des délits routiers (à l'exception du stationnement), et ce assez tôt au début de l'année. Or, il apparaît que si les français provoquent plus d'accidents mortels de la route, c'est en vue de l'amnistie. On peut alors se demander si :

  • Les spécialistes de sécurité routière estiment que les français sont sourds aux déclarations des politiques, et donc que les électeurs sont des irresponsables en puissance, ce qui explique qu'ils en profitent pour cartonner plus sur les routes. Ca va pourtant à l'encontre de l'effet radars dont on nous rabat les oreilles.
  • Les spécialistes de sécurité routière ont voulu dire qu'à l'annonce de la position des politiques concernant les délits routiers, les français s'étaient massivement suicidés au volant de leur véhicule, afin de protester contre cette injustice intolérable ;
  • Les spécialistes en sécurité routière se paient une fois de plus notre fiole. Comme disait Coluche "rigolez pas, c'est avec votre poignon".

Soyons fous

Imaginons un instant que la vitesse n'est pas un facteur déterminant dans la plupart des accidents...

Ou plutôt, faisons abstraction de la vitesse dans l'analyse... Je sais, ça confine au blasphème.

Observation

Météo

En une époque pas si lointaine que ça, de nombreux facteurs permettaient d'expliquer les variations de l'accidentologie routière. Ainsi, par exemple, on nous parlait de l'effet "météo". Que peut-on observer entre 2006 et 2007 ?

2006

Le mois de janvier a été froid. Les températures moyennes mensuelles sont presque partout inférieures aux valeurs de saison. Mais c’est sur l’est du pays que cela est le plus marqué, avec un écart à la normale avoisinant -2°C.

Par ailleurs, le mois a été extrêmement sec sur la quasi-totalité du pays. Seules les régions méditerranéennes ont connu des précipitations excédentaires. Sur le Languedoc-Roussillon notamment, les cumuls ont été trois à quatre fois supérieurs à ceux relevés habituellement en janvier.

Déficitaire dans le Sud-Ouest, l’ensoleillement a été généreux pour la saison sur le Nord-Est. Ailleurs, les durées d’insolations sont proches des normales saisonnières.

La fin du mois de janvier a par ailleurs été marquée par un épisode neigeux particulièrement intense sur le sud de la France. Les hauteurs de neige au sol relevées les 28 et 29 janvier sont tout à fait exceptionnelles sur certains départements (source : Météo France).

2007

A l'heure où j'écris ces lignes, Météo France n'a pas encore publié son dossier. Toutefois, ce mois de janvier fut doux pour la saison, et se distingue par l'absence quasi totale de neiges dans le pays, même en montagne (au grand dam des professionnels du ski).

Congés

En une époque pas si lointaine que ça, les analyses de la sécurité routière prenaient en compte le nombre de jours de congés scolaire, en évaluant l'impact de ces derniers sur les résultats.

Janvier 2006

Samedi 17 décembre 2005 - Mardi 3 janvier 2006

Janvier 2007

Samedi 23 décembre 2006 - Lundi 8 janvier 2007

2 jours ouvrés de congés scolaires en 2006 contre 6 jours ouvrés (dont une semaine complète en 2007, soit plus d'une semaine réelle) (source : Education Nationale). L'impact de tels congés n'est en aucun cas négligeable quant au kilomètrage parcouru par les particuliers. D'ailleurs, avant d'incriminer la seule vitesse lors d'une hausse de l'accidentologie, ce facteur était pris très au sérieux par les spécialistes.

Et lorsqu'on passe de 2 jours de congés à plus du quart du mois en cours, il serait fort étonnant que ça n'ait aucune influence sur le nombre d'accidents. Ajoutons à celà un temps plus clément que l'année précédente, et vous obtenez des automobilistes qui roulent plus et plus longtemps, et donc cartonnent plus.

Par Winston Smith - Publié dans : Sécurité Routière
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On nous prend pour des jambons

Parce qu'il est des fois où je me demande où les journalistes trouvent leurs sources, comment ils les comparent, et comment ils ils font pour influencer l'opinion publique, je me suis amusé à analyser le discours officiel. Il y a quelques années, c'est la sécurité routière qui tenait les grands titres. Souvenez-vous, on a demandé aux français de bien vouloir allumer leurs feux le jour. Comme un seul homme, les français ont obéi parce que c'était bon pour leur sécurité, ça ne souffrait d'ailleurs aucune discussion : si vous n'allumiez pas tes feux le jour, vous êtiez un mauvais conducteur. Et puis, les médias ont cessé d'en parler, alors le bon peuple a peu à peu oublié ce qui était bon pour sa sécurité : plus personne, même parmi les plus ardents défenseurs de la mesure, n'allume se feux le jour. Souvenez-vous des « barbares de la route » et d'un certain accident à Loriol arrivé à point nommé pour être monté en épingle par le ministre de l'intérieur de l'époque, une certain Nicolas Sarkozy : dépasser les limitations reste mal, parce que dangereux. D'ailleurs, tout le prouve. Il y a consensus, comme on dit quand on n'a pas envie d'être contredit. Mais en vrai, vous n'avez jamais l'impression qu'on nous prend pour des jambons ?

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