
Le 27 novembre 2008, l'Inserm édite un communiqué de presse sur une étude effectuée entre 2001 et 2004, sur
la sécurité routière.Occasion de faire le point sur l'effet rétroactif des radars automatiques dès 2002, dont nous serinent les médias et le gouvernement.
Entre 2001 et 2004, le nombre de décès sur les routes est passé de 7720 à 5232, soit 32% de baisse. La baisse de la mortalité est répartie comme suit :
Si les chiffres laissent apparaître une forte baisse de la mortalité en 2003, des statistiques plus précises permettent d'observer un début de baisse dès le mois de juin 2002, par rapport au même mois de l'année précedente (en vert, le premier mois de chute qui ne s'est pas démentie par la suite, et en bleu les 15 mois les plus marquants de la période) :
| janv-01 | 596 | 7646 | |
| févr-01 | 518 | 7574 | |
| mars-01 | 596 | 7607 | |
| avr-01 | 580 | 7524 | |
| mai-01 | 553 | 7482 | |
| juin-01 | 704 | 7541 | |
| juil-01 | 753 | 7577 | |
| août-01 | 644 | 7605 | |
| sept-01 | 677 | 7645 | |
| oct-01 | 698 | 7644 | |
| nov-01 | 645 | 7685 | |
| déc-01 | 756 | 7720 | |
| janv-02 | 592 | 7716 | -0,68% |
| févr-02 | 568 | 7766 | 8,80% |
| mars-02 | 603 | 7773 | 1,16% |
| avr-02 | 576 | 7769 | -0,69% |
| mai-02 | 612 | 7828 | 9,64% |
| juin-02 | 631 | 7755 | -11,57% |
| juil-02 | 661 | 7663 | -13,92% |
| août-02 | 634 | 7653 | -1,58% |
| sept-02 | 601 | 7570 | -12,65% |
| oct-02 | 666 | 7538 | -4,80% |
| nov-02 | 572 | 7465 | -12,76% |
| déc-02 | 526 | 7242 | -43,73% |
| janv-03 | 393 | 7036 | -50,64% |
| févr-03 | 363 | 6832 | -56,47% |
| mars-03 | 449 | 6678 | -34,30% |
| avr.-03 | 413 | 6515 | -39,47% |
| mai-03 | 519 | 6420 | -17,92% |
| juin-03 | 551 | 6338 | -14,52% |
| juil-03 | 570 | 6247 | -15,96% |
| août-03 | 560 | 6169 | -13,21% |
| sept-03 | 517 | 6081 | -16,25% |
| oct-03 | 510 | 5926 | -30,59% |
| nov-03 | 419 | 5785 | -36,52% |
| déc-03 | 467 | 5731 | -12,63% |
| janv-04 | 404 | 5742 | 2,72% |
| fév-04 | 331 | 5710 | -9,67% |
| mars-04 | 349 | 5610 | -28,65% |
| avr.-04 | 368 | 5565 | -12,23% |
| mai-04 | 468 | 5514 | -10,90% |
| juin-04 | 440 | 5403 | -25,23% |
| juil-04 | 529 | 5362 | -7,75% |
| août-04 | 504 | 5306 | -11,11% |
| sept-04 | 493 | 5282 | -4,87% |
| oct-04 | 505 | 5277 | -0,99% |
| nov-04 | 401 | 5259 | -4,49% |
| déc-04 | 439 | 5231 | -6,38% |
De même, on s'aperçoit que la plus forte baisse se concentre sur une période d'environ 1 an de décembre 2002 à novembre 2003, c'est à dire sur l'année qui précède l'installation des radars
automatiques.On note également un tassement de la baisse dès décembre 2003 avec une accentuation à partir de septembre 2004, c'est à dire juste après l'installation des premiers radars
automatiques
Ce graphe est directement issu du site officiel de la sécurité routière. La courbe de mortalité, l'année 2003 et la date d'installation du premier radar automatique ont été ajoutées par mes soins.
Sur cette courbe, il est aisé de constater que la période de baisse de la mortalité constatée dans la partie précédente (décembre 2002 - novembre 2003 ne correspond absolument pas à une
période de baisse des vitesses, notamment sur autoroute de liaison (bleu foncé), autoroutes de dégagement (rouge) et RN 2x2 voies (orange), puisque pour deux d'entre elles on note une pointe
vers le 2 quadrimestre 2003 et pour la troisième une stagnation au pouillème près. Enfin, si l'on observe une baisse sensible fin 2002 sur les départementales, le reste de la période se
caractérise par une stagnation.
Malgré le discours officiel sur la vitesse, ces deux types de courbes ne sont jamais mises en parallèle. Et pour cause, la corrélation vitesse/accidents mortels reste tout de même difficile à
mettre en évidence. S'il existe des périodes durant lesquelles les deux types de courbes (mortalité, évolution des vitesses) restent synchrone, c'est loin (très loin) d'être systématique.
Ainsi, l'année 2002 débute sur une baisse de la vitesse généralisée sur l'ensemble du réseau, et une hausse de la mortalité. Cette tendance se poursuit jusqu'au premier quadrimestre 2003, où la
tendance s'inverse : les vitesses remontent ou stagnent, et la mortalité routière baisse de manière vertigineuse jusqu'à la fin du deuxième quadrimestre où l'on observe une stagnation ou une
baisse des vitesse et... Une hausse de la mortalité jusqu'au premier quadrimestre 2004.
Là, on entre dans l'ère des radars automatiques. L'effet sur les vitesse est surprenant, puisqu'elle a tendance à stagner sauf sur les routes nationales à 2x2 voies. Toujours est-il que
malgré cette stagnation des vitesses, nous observons une nouvelle chute de la mortalité sur 2004, puis une hausse sur la fin de l'année. Le tout étant tout à fait inexplicable, les vitesse ayant
une certaine tendance à stagner sur l'ensemble de la période.
L'année 2005 débute par une hausse de la mortalité et... Une baisse des vitesse sauf sur autoroute de liaison, avant de connaître une baisse en fin d'année à peu près corrélée avec une baisse des
vitesses (ouf ! on tient notre exemple !).
L'année 2006 débute par une augmentation de la mortalité routière et... Une baisse des vitesses. S'ensuit une baisse de la mortalité corrélée avec une baisse de vitesse sur autoroute, mais une
augmentation partout ailleurs.
Comment les analystes peuvent-ils trouver quelque corrélation que ce soit entre la vitesse et l'accidentologie dans ces conditions ? Je ne suis certainement pas un brillant analyste ni un spécialiste en sécurité routière, mais j'y vois plus particulièrement des variations saisonnières, tant pour les vitesses pratiquées que pour la mortalité routière.
rien de bien palpitant côté sécurité routière. Jean-Claude Gayssot est Ministre des Transports depuis 1997 et y restera jusqu'au 6 mai 2002 avec un bilan mitigé malgré l'augmentation des contrôles, de la communication et la promesse d'une année 2000 dédiée à la sécurité routière. La seule loi promulguée cette année là (2001), concerne la recherche de stupéfiants en cas d'accident mortel. On notera également la création du Conseil national de la sécurité routière, et l'immatriculation des cyclomoteurs. Rien sur la vitesse ou les radars, et encore moins des radars automatiques. Dans les journaux, on trouvera :
Pour la troisième année consécutive, la sécurité routière est promulguée cause nationale par le candidat à la présidentielle Jacques Chirac. Promis, ça ne va plus rigoler. La seule véritable action de la nouvelle présidence, date du 18 décembre : il s'agit d'une circulaire signée par un certain Nicolas Sarkozy, relative à la pratique de l'indulgence et faisant suite au tristement célèbre accident de Loriol. L'heure n'est pas à la communication sur les radars ou un renforcement sans précédent de la répression contre la vitesse, mais plutôt sur l'alcool au volant. En septembre 2002, le gouvernement publie la «Revue du comité de la sécurité routière» dans laquelle on trouve cet article sur la vitesse.
« Sécurité routière : multiplier les contrôles, automatiser les sanctions ».
On notera l'arrivée de Remy Heitz au poste de Délégué interministériel à la sécurité routière en février 2003, le projet de loi relatif au renforcement de la lutte contre l'insécurité
routière le 25 février, le premier appel d'offre en date de mars et la loi autorisant le contrôle/sanction automatisé au 12 juin. On notera également deux lois et un décret relatifs aux
stupéfiants en février, mars et en juin. Le délit de
grand excès de vitesse (+ 50 km/h) est abordé dans la loi de juin. 2003 se distingue également par la mise en place du premier radar automatique sur la RN 20 à la Ville du Bois (Essonne),
inauguré, souvenez-vous, le 27 octobre, par des ministres qui ont allégrement conchié les limitations de vitesse pour se rendre sur l'emplacement. Il s'agit là de la première action depuis des
années, visant à réprimer la vitesse. Concernant les journaux, Le Monde titrait :
Et une série d'articles à compter de cette date sur cette nouveauté qu'est le radar automatique :
soit 3 articles sur 10 mois avant l'installation des radars automatiques, et 11 sur les deux mois suivants, ce qui suffit à illustrer le « matraquage sans précédent » qui est habituellement avancé pour expliquer un « changement du comportement des conducteurs avant la mise en place des radars automatiques » : l'argument ne tient pas.
Par ailleurs, les organismes de sécurité routière privilégient la prévention cette année là : Pour la deuxième année, mise en place des Relais Calmos et autoroutes gratuites pour les motards se rendant aux compétitions moto ;
L'année 2003 est marquée par la présentation du projet de loi renforçant la lutte contre la violence
routière faisant suite au CISR, dont la présentation de presse reste un texte équilibré faisant la part belle à la prévention (dont quasiment aucun point ne
sera jamais appliqué) et dans lequel la mention de contrôle automatisé n'apparaît qu'en dernier paragraphe du volet «AMÉLIORATION DE LA RÉPRESSION», où l'on annonce des systèmes
«automatisés de constat des infractions». Les Fiches techniques relatives au projet de loi font mention «d' automaticité du traitement des contraventions au code de la route»,
notamment «le non respect de la vitesse maximale autorisée, le non respect d’un feu rouge fixe, le non respect d’un panneau "stop"». Le CISR qui se réunit le 31 mars 2003, ne mentionne même pas ce
nouveau traitement automatisé. Rien dans cette période qui permette de laisser deviner une politique essentiellement axée sur la répression de la vitesse, à l'aide de radars automatiques.
C'est à la fin avril que débute la première grande campagne d'information sur la vitesse, avec le célèbre spot «vous avez gagné 5 secondes», face au constat que, malgré une baisse spectaculaire de la mortalité routière depuis 6 mois, la part des voitures de tourisme dépassant la vitesse autorisée est de 59,5%, 65,8 % pour les poids lourds et 75,7 % pour les motos. C'est dire si la prise de conscience concernant les risques liés à la vitesse est importante et explique la baisse spectaculaire du nombre d'accidents. Cette campagne sur la vitesse est couplée à d'autres campagnes sur l'usage des stupéfiants ou la ceinture.
Un an après le début de la baisse du nombre d'accidents mortels, le bilan de 2002 paraît : si la vitesse est mentionnée (une fois), cette baisse est surtout expliquée par la médiatisation et, plus étonnant, le CISR de décembre : encore un effet rétroactif !
En juillet, nouveau CISR qui insiste sur la ceinture dans les autocars, la loi renforçant la lutte contre la violence routière et des décrets portant sur l’obligation d’immatriculation des cyclomoteurs et l’aptitude médicale à la conduite(qui sera rapidement retoqué). Un paragraphe fait mention de l'automatisation des contrôles, mais se montre peu prolixe sur le sujet : pas de quoi inquiéter les foules. C'est fin juillet qu'apparaît pour la première fois la mention sur l'inénarrable théorie de la diminution du champ de vision.
A partir d'octobre 2003, soit près d'un an et demi après le début de la baisse des accidents mortels, les choses s'accelèrent au sujet de la vitesse : le 1er octobre,
présentation de LAVIA, un système de contrôle de la vitesse intégré au véhicule. Et c'est le
24 octobre 2003, trois jours avant l'installation du premier radar automatique, que le
gouvernement dévoile son nouveau système de contrôle sanction automatisé sur lequel le plus grand secret avait été gardé jusqu'alors. Le gouvernement aurait voulu brouillé les cartes quant
à ce dernier volet, qu'il ne s'y serait pas pris autrement : à se demander comment ces radars automatiques peuvent expliquer la baisse du nombre d'accidents de manière rétroactive.
On parle évidemment, de plus en plus des radars automatiques. Je vous laisse faire vos propres recherches : l'outil de recherche par mots-clefs du Monde est très bien fait.
Concernant la chronologie, c'est au 14 janvier que l'on nous dévoile
(enfin) le calendrier prévisionnel de décembre 2002, concernant l'installation des radars automatiques : « La mise en place du contrôle automatique, conformément au calendrier
fixé par le CISR du 18 décembre 2002 (100 radars à ce jour, 70 fixes et 30 mobiles).» Par ailleurs, on ne cherche pas (encore) à imputer l'amélioration des statistiques sur les radars
: «Cette tendance pourrait indiquer une amélioration globale des comportements, indépendamment de telles ou telles mesures spécifiques.», et l'on pousse le bouchon : «Les progrès sur
la vitesse sont constants [...] Ils se sont accentués au cours du mois de novembre 2003, date à laquelle les premiers radars automatiques ont été mis en place.»[PDF]
On note par ailleurs une baisse du nombre de dépassement de la limitation accrue, dès le
dernier quadrimestre 2003, ce qui coïncide bien avec l'installation des premiers radars automatiques, mais intervient 1 an et demi après la baisse de la mortalité routière.
C'est à compter de mai 2004 que le gouvernement tente de faire passer le bilan 2002/2003 sur le compte de son action : « Le résultat de mesures gouvernementales très incitatives», entre
autres «par L'installation des premiers radars automatiques en novembre (2003 Ndla) et la multiplication sur le terrain des contrôles sur la vitesse».
En juin 2004, on rend la période de baisse de vitesse un peu plus floue : «Depuis deux
ans, la proportion de conducteurs circulant au moins 10 Km/h au-delà des limites autorisées est ainsi passé de 37% à un peu plus de 22%».
Et c'est dès le mois de janvier 2005 que la baisse de la mortalité débutée en 2002 et ralentie dès début 2004, est mise au crédit des radars automatiques, avec une rhétorique jamais démentie depuis lors : «Le fort impact du contrôle sanction des radars automatiques, ainsi que les progrès enregistrés quant à la réduction des vitesses sur le réseau routier, confirment les choix faits pour le déploiement des radars. Les évolutions du dispositif devront être orientées vers la recherche de l'égalité de traitement de tous les usagers de la route, quel que soit leur pays d'origine ou le véhicule utilisé.»
La communication subit donc une métamorphose dès 2004 et s'accélère ensuite, afin de faire passer l'action gouvernementale par le biais des radars, au centre d'un dispositif ayant permis la
baisse de la mortalité routière. Communication brillamment orchestrée, puisqu'il s'agit aujourd'hui d'un Dogme contre lequel il est bien difficile de s'élever.
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Je ne sais pas s'il faut les trouver dangereux : certains relatent des accidents dus au freinage intempestif d'un conducteur, mais j'y verrais plus pour cause un non respect des distances de sécurité que la présence d'un radar. Je dirais qu'au mieux, les radars sont parfaitement inutiles, au pire ils sont nuisibles pour la fluidité de la circulation.
Je vous rejoint parfaitement sur le comportement des conducteurs. Or, c'est à la base, à l'école, à l'auto-école et dans la vie de tous les jours que ça se travaille. Et pas à l'aide de machines automatiques qui n'ont aucune influence sur le comportement global des conducteurs, si ce n'est les faire ralentir hors de tout contexte, entraînant souvent ainsi plus d'inattention.
Conduisant régulièrement en Allemagne, notamment sur autoroute, je puis affirmer qu'on y roule beaucoup plus vite qu'en France et que le respect de la vitesse par les allemands tient plus de la légende que de la réalité observée : certes, beaucoup respectent les zones à 120, mais c'est loin d'être systématique. Preuve en est que les radars fraîchement installés et indiqués, flashent régulièrement. Par contre, il existe des règles tacites, parmi lesquelles le conducteur qui change de voie pour dépasser est prioritaire sur celui qui arrive derrière, à condition de le prévenir suffisamment tôt. Ca suppose l'usage du clignotant et un peu d'attention sur ce qu'il se passe devant... J'ai par ailleurs publié un article sur l'accidentologie sur autoroutes allemandes.