Vendredi 5 décembre 2008

L'éclairage des autoroutes urbaines nuit à la sécurité routière

Telle est la conclusion vue au JT de France2 du 4 décembre 2008 : « plusieurs dizaines de kilomètres » d'autoroutes parisiennes sont victimes du vol des câbles électriques alimentant leur éclairage. Contre toute attente, le bilan de sécurité routière est particulièrement bon, avec une baisse de 35% des accidents sur 2 ans. La raison invoquée ? Les automobilistes roulent moins vite dans le noir, bien sûr.

Dans son édition du 12 novembre 2008, 20 minutes va plus loin, en attribuant 40% de la baisse de mortalité sur l'A15, entre 2005 et 2007, passant de 14 accidents en 2005 à 9 accidents en 2007 (chez moi, c'est plus près des 35% que des 40%).

Avant ça, le Canard Enchaîné avait publié une brève du 22/10 (« on pète un câble : moins on y voit sur autoroute, moins on roule vite ») et le Parisien du 18 octobre : « Le phénomène est apparu en 2006 sur des grands axes
de Seine-Saint-Denis, mais également dans le Val-de-Marne, sur l'A86, un peu partout sur son tracé autour de Paris. Le tiers du réseau principal de la région parisienne aurait été touché. Au regard de cette amélioration de la sécurité routière, le préfet du Val-d'Oise a décidé de ne pas rétablir l''éclairage de la totalité de l'A15, un axe de 25 km, comme c'était le cas jusqu'au début 2007.
 »

Points à éclaircir...

La réduction du nombre d'accidents de nuit sur l'A15 (une autoroute urbaine de 25 km) serait due à la baisse de vitesse, elle-même due à la disparition de l'éclairage urbain. Admettons le Dogme en vigueur. Mais comment a-t-on calculé la part de réduction de la vitesse due à l'absence d'éclairage urbain, la part due aux deux radars automatiques que compte cette voirie qui à eux seuls, sont censés expliquer 75% de la baisse de l'accidentologie sur un rayon de 3 km chacun, la part due aux radars mobiles, la part due à la hausse du prix de l'essence, etc. ? Il serait intéressant de comparer la part de la diminution de la vitesse (et donc, dans l'esprit des Prêtres du Dogme, des accidents) pour chacune des causes possibles, si diminution de vitesse il y a (ce qui reste à prouver).

Nous savons néanmoins que la vitesse moyenne pratiquée de nuit, notamment sur les autoroutes de dégagement, est supérieure à celle pratiquée de jour[PDF]. Ceci, sans infirmer formellement l'affirmation selon laquelles les automobilistes auraient ralenti suite à la disparition de l'éclairage urbain, n'en pose pas moins une interrogation sur la méthodologie employée pour la démontrer.

Avec une longueur de 2650 km, les autoroutes de dégagement ont compté 1343 accidents de nuit[PDF] en 2006, soit une moyenne d'environ un accident pour deux kilomètres de voirie. Avec 25 km et 14 accidents en 2005 ou 9 en 2007, l'A15 serait donc passée d'une accidentologie légèrement supérieure à la moyenne nationale, à une accidentologie légèrement inférieure à la moyenne nationale. Pas de quoi en tirer une quelconque conclusion, d'autant que l'échantillon de 25 km que représente cette autoroute est trop faible.

Conclusion

Nous voici donc face à une voirie dont l'accidentologie diminue, à l'instar de la plupart des autres voiries. Il se trouve que parmi des dizaines de facteurs qui caractérisent cette voirie,  son éclairage urbain disparaît suite au vandalisme. Rien ne permet en l'état actuel des choses, de conclure à une baisse des vitesses pratiquées en cet endroit plus qu'en un autre, pour cette raison plutôt qu'une autre, ni à  une baisse d'accidents liée à ce dernier facteur, ni même à une sous-accidentologie par rapport à une moyenne nationale. Tout au plus avons-nous des chiffres démontrant une baisse de la sinistralité plus rapide. C'est donc à partir de RIEN, que les spécialistes de sécurité routière suivis comme un seul homme par les journalistes, rapprochent  l'absence d'éclairage urbain sur autoroutes, le ralentissement des automobilistes (non démontré), et la baisse de la sinistralité.

En fait, c'est très logique puisqu'il suffit de suivre le Dogme : ça cartonne moins, ce qui est la preuve irréfutable que les gens vont moins vite. Reste à trouver la raison pour laquelle ils rouleraient moins vite...

Pourtant, un esprit un rien chafouin pourrait s'amuser de la manoeuvre quelque peu alambiquée des pouvoirs publics pour éviter de devoir assurer leur mission (obligation d'éclairage des autoroutes dont le trafic excède 50 000 véhicules par jour, par la circulaire du 25 avril 1974), lorsque cette dernière devient trop onéreuse. Heureusement, cet esprit chafouin n'existe pas. Et s'il existait,  il ne serait pas présentateur au JT.

 

Par Winston Smith - Publié dans : Sécurité Routière
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On nous prend pour des jambons

Parce qu'il est des fois où je me demande où les journalistes trouvent leurs sources, comment ils les comparent, et comment ils ils font pour influencer l'opinion publique, je me suis amusé à analyser le discours officiel. Il y a quelques années, c'est la sécurité routière qui tenait les grands titres. Souvenez-vous, on a demandé aux français de bien vouloir allumer leurs feux le jour. Comme un seul homme, les français ont obéi parce que c'était bon pour leur sécurité, ça ne souffrait d'ailleurs aucune discussion : si vous n'allumiez pas tes feux le jour, vous êtiez un mauvais conducteur. Et puis, les médias ont cessé d'en parler, alors le bon peuple a peu à peu oublié ce qui était bon pour sa sécurité : plus personne, même parmi les plus ardents défenseurs de la mesure, n'allume se feux le jour. Souvenez-vous des « barbares de la route » et d'un certain accident à Loriol arrivé à point nommé pour être monté en épingle par le ministre de l'intérieur de l'époque, une certain Nicolas Sarkozy : dépasser les limitations reste mal, parce que dangereux. D'ailleurs, tout le prouve. Il y a consensus, comme on dit quand on n'a pas envie d'être contredit. Mais en vrai, vous n'avez jamais l'impression qu'on nous prend pour des jambons ?

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