Sécurité routière, communication, qu'est-ce qu'un chauffard ?

Qu'est-ce qu'un chauffard ?

Pour répondre à cette délicate question, le mieux est d'observer la communication faite autour des accidents de la circulation.

Extraits d'une brève parue sur "Le Figaro.fr" le7 janvier 2007, Actualisé le 17 janvier 2007 : 07h20

Trois collégiennes fauchées sur un passage piéton

Résumé de l'accident : Une conductrice circule à proximité d'un collège à 40 km/h pour une limitation à 50 km/h, se retourne vers son bébé assis sur le siège arrière du véhicule et renverse trois collègiennes qui traversaient sur le passage protégé, les blessant grièvement.

Ce que nous apprend l'article : "La conductrice a été entendue au commissariat de Lagny où elle n'a pas été placée en garde à vue. « Aucun élément ne le justifie », a précisé un policier. La jeune mère roulait à environ 40 km/h, les phares allumés.[...]« Nous ne sommes pas en présence d'un chauffard », considérait-on hier au parquet de Meaux. "

Il en résulte donc que quelqu'un qui détourne son attention de la route pour se livrer à une activité qui n'a rien à voir avec la conduite d'une automobile et provoque un accident grave n'est pas un chauffard. D'ailleurs, aucun élément ne justifie l'arrestation de la conductrice qui ne roulait par ailleurs pas très vite (ce qui reste un élément déterminant, comme nous allons le voir).

D'ailleurs, le maire nous apprend que le problème véritable de ce carrefour accidentogène provient bien de la vitesse, puisque, selon lui, « On envisageait d'aménager un nouveau rond-point sur cet axe rectiligne où les voitures ont tendance à accélérer. Ces travaux sont plus que jamais d'actualité. ».

Nous voilà donc rassurés : les chauffards qui roulent vite ne pourront plus nuire. Quant aux conducteurs qui se retournent en conduisant, ce n'est pas bien grave. Le maire le conclut lui-même puisqu'il "plaide lui aussi en faveur de la « faute d'attention » de la conductrice". Ouf ! Les pouvoirs publics ont bien compris l'origine du problème et ont su apporter les mesures correctrices idoines.

Parallèle

Si vous me le permettez, faisons un petit parallèle avec l'accident de Loriol (voir le point 3.2) qui, comme nous l'avons vu, est plus dû à une faute d'inattention qu'à un excès de vitesse. Pour ce faire, voyons le vocabulaire employé :

Le Figaro titrait, le 20 avril 2006 : "« Libération » du chauffard de Loriol : les familles en colère". M. Blanc est donc un chauffard. Le fait qu'il ait renversé (et tué) 5 pompiers ne permet pas, comme nous venons de le voir, de qualifier un conducteur malchanceux de chauffard. Pourquoi M. Blanc est-il un chauffard ? Selon l'article, "Le jour des faits, au volant de son puissant coupé Mercedes, Fernand Blanc roulait à 158 km/h dans un secteur en travaux où la vitesse était limitée à 90 km/h.". On voit donc que le chauffard possède un "puissant coupé Mercedes" et qu'il "roule à 158 km/h dans un secteur en travaux" (notons qu'à l'heure de l'accident, il n'y avait plus de travaux et que donc, la limitation pour travaux était inutile).

Pour le reste, il n'y a aucune explication à cet accident, sinon que

"Je ne me souviens de rien, j’ai sûrement eu un malaise. Je ne vois pas d’explication à cet accident », affirmait Fernand Blanc à la barre."

le malaise ou l'inattention sont sans doute responsables de l'accident.

Conclusion

En l'état actuel de l'article, les seul éléments qui semblent différencier le chauffard du conducteur malchanceux, sont le modèle de son véhicule (le conducteur malchanceux possède une simple "307" (voire "SW" et "noire" si l'on fouille les articles et même "les phares allumés", c'est dire si le conducteur malchanceux est prudent), alors que le chauffard possède un "puissant coupé Mercedes" (une 307 ne peut être puissante. De toute façon, si une 307 pouvait atteindre les 158 km/h, ça se saurait)) et le dépassement de la vitesse autorisée à laquelle il se livre au moment de l'accident. La faute de conduite à l'origine de l'accident importe peu pour qualifier un conducteur malchanceux de chauffard. CQFD.

Si vous doutez de la réthorique utilisée dans le cadre d'accidents de la circulation, impliquant des véhicules plus ou moins puissants / rapides, n'hésitez pas à rechercher des articles à travers le web. Les contre-exemples se font bien rares.

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On nous prend pour des jambons

Parce qu'il est des fois où je me demande où les journalistes trouvent leurs sources, comment ils les comparent, et comment ils ils font pour influencer l'opinion publique, je me suis amusé à analyser le discours officiel. Il y a quelques années, c'est la sécurité routière qui tenait les grands titres. Souvenez-vous, on a demandé aux français de bien vouloir allumer leurs feux le jour. Comme un seul homme, les français ont obéi parce que c'était bon pour leur sécurité, ça ne souffrait d'ailleurs aucune discussion : si vous n'allumiez pas tes feux le jour, vous êtiez un mauvais conducteur. Et puis, les médias ont cessé d'en parler, alors le bon peuple a peu à peu oublié ce qui était bon pour sa sécurité : plus personne, même parmi les plus ardents défenseurs de la mesure, n'allume se feux le jour. Souvenez-vous des « barbares de la route » et d'un certain accident à Loriol arrivé à point nommé pour être monté en épingle par le ministre de l'intérieur de l'époque, une certain Nicolas Sarkozy : dépasser les limitations reste mal, parce que dangereux. D'ailleurs, tout le prouve. Il y a consensus, comme on dit quand on n'a pas envie d'être contredit. Mais en vrai, vous n'avez jamais l'impression qu'on nous prend pour des jambons ?

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